QUINZE ANS de CREATIONS à BOURGES

LA PRESSE en a parlé :






L’EXPOSITION
1971 –     EXPOSITION - 1986
QUINZE ANS de CREATIONS à BOURGES
Chanson – Poésie – Théâtre Musical –
organisée par Association Double Cœur,
en partenariat avec Berry province
a été présentée
du vendredi 9 au dimanche 25 juin 2017
tous les jours  de 15h00 à 19h00 à l’Office du Tourisme de Bourges

LE VERNISSAGE de cette exposition et
LA DEDICACE par les auteurs du catalogue
Se sont déroulés le vendredi 9 juin à partir de 18h00

Une soirée Animations pour fêter le démontage de l’exposition
intitulée LE CABARET DES AMIS

avec Bernard Capo, Reynald Haley,
Alain et Aline Meilland
s'est déroulée le dimanche 25 juin
découvrez les vidéos de cette soirée :
cliquez sur ce lien

AVANT-PROPOS de François Carré,
Président de Double Cœur.

Théâtre et chanson : le métissage des disciplines.

S’il en était encore besoin je rappellerais que, dans le but essentiel de conserver et de transmettre le patrimoine de la décentralisation culturelle dans l’esprit de ses fondateurs, l’Association Double-Cœur est devenue depuis 2002 à Bourges, un espace de rencontres, de créations, d’échanges, de débats. Les publications que nous éditons régulièrement en portent également témoignage.

Pour ouvrir, en avant-propos, la première page de cette exposition et de cet «album de souvenirs» qu’en constituera l’édition du catalogue, il convient préalablement de donner la parole à Jean Dasté (1904-1994), directeur de la Comédie de Saint-Etienne de 1947 à 1970. Celui sans qui le monde de la décentralisation  théâtrale en France n'aurait pas la même apparence,  témoigne dans la lettre qu’il écrit à Alain Meilland, son ancien élève  «C’est te dire que j’ai toujours ressenti le lien qui existe entre le théâtre et la chanson».

Cette exposition, qui parcourt les créations chanson, théâtre-musical et poésie à Bourges entre 1971 et 1987, traite bien, avant tout, de cette rencontre entre un art parfois «dit majeur» pour lequel il suffit, pour qu'il y ait Théâtre, d'avoir un lieu, un temps, un acte et un public et «les variétés»,  art parfois qualifié de «mineur» alors que Maurice Fleuret, lors de l’inauguration du Centre Régional de la Chanson de Bourges, en 1982, dira de la Chanson : qu’elle est  «un art de nécessité».

Si cette analyse semble derrière nous, dans les années soixante et soixante dix, les frontières entre les différents arts de la scène étaient bien moins ténues. Dans la création contemporaine d’aujourd’hui, on utilise plus volontiers les termes de «spectacle pluridisciplinaire» ou de «spectacle vivant», mettant ainsi l'accent sur le métissage des disciplines.

Proches d'un esprit «soixante-huitard», quelques metteurs en scène eurent dans ces années-là, avec souvent humour et  sens de la fête, l’audace de s’engager sur ce chemin transgressif. Auteurs de productions originales qui, dans ses différentes manières, ne refusaient ni la farce ni le café-théâtre, ni la poésie souvent mise en musique, ni le recours à l’opéra-opérette ou encore à la comédie musicale, ils affichèrent la volonté de renouveler et démocratiser la mise en scène française, pour ce type de spectacle souvent constitué par des «montages», des «collages» des «mosaïques poétiques et musicales».

S’élaborant dans des lieux confidentiels (MJC, Associations étudiantes…) les concepteurs de ces nouvelles formes faisant souvent appel à la notion de «créations collectives» se heurtaient le plus souvent à l’absence ou la faiblesse de moyens financiers et techniques.

Pourquoi et comment « théâtre et chanson » se développent à Bourges ?

En misant, en 1971 sur l’ouverture, à Bourges, d’un véritable «secteur chanson» dans l’institutionnel édifice, Max Croce, le deuxième directeur de la Maison de la Culture, fit un pari qui, comme nous allons le voir, s’avéra largement positif pour notre ville. La nomination à la tête de l’équipe d’Alain Meilland chanteur, comédien, animateur, metteur en scène, chargé de conduire un projet qui allait se développer dans un premier temps entre 1971 et 1976 au sein du «Cabaret» puis de «l’Atelier Chanson», se poursuivra, à partir de 1977 par la création du premier festival chanson en France, le Printemps de Bourges, et trouvera, en même temps que la reconnaissance de la chanson elle-même par Jack Lang, le nouveau Ministre de la Culture en 1981, celle du Centre Régional de la Chanson puis du studio d’enregistrement 16/18 grâce auquel la création de spectacles se compléta par la production de disques qui eux aussi, connurent de notables succès.

Il est toutefois important de noter que dès 1967, sous le titre « Les Comédiens de la Chanson » Gabriel Monnet avait proposé à ceux qui, dans sa troupe écrivent, chantent leurs chansons mais que l’industrie du microsillon ignore, d’animer les toutes premières soirées cabaret à la cafétéria, après les représentations. C’est ce que l’on peut lire, en consultant le premier livre publié par Double Cœur en 2002 «Au Cœur de la Ville- Au Cœur du Temps» qui couvre la période 1961-1968 de la Comédie de Bourges à la Maison de la Culture, et dont le graphiste Georges Patitucci fut le principal artisan dans la recherche de documents d’archives et de leur mise en page.

Aline Meilland-Chertier : les décors et les costumes

Pour évoquer la période 1971-1987 Double Cœur a confié à Aline Meilland le soin de réunir l’ensemble des documents permettant la réalisation de ce catalogue et la mise en place de l’exposition organisée en même temps à l’Office du Tourisme avec Berry-province. Il faut rappeler, en effet,  que quelques semaines après l’arrivée d’Alain en 1971 à Bourges, recruté par le metteur en scène Aristide Démonico pour jouer dans «Le Chevalier au Pilon Flamboyant» Aline l’avait  rejoint pour y réaliser les très grandes toiles peintes du décor de cette pièce imaginées par Suzanne Laugier. S’en suivra pour elle «Le Temps des Cerises» création pour laquelle le metteur en scène Alexis Tikovoï, lui demandera de concevoir décors et costumes. Ce sera une grande première pour cette artiste, et dès lors, en complément du travail d’Alain, elle signera, tout au long de ces quinze années, la plupart des décors et des costumes d’une vingtaine de créations.

Comme l’écrit Marie-Jo Ballista dans un article du Berry Républicain intitulé «Les décors du bricolage au rêve» « Du Lac des Cygnes, version Alain Meilland, jusqu’au Temps des Crises, en 1981, Aline Chertier va travailler sur tous les décors, les concevoir, faire ses maquettes et les réaliser de ce trait appuyé qui est sa «patte», de ces couleurs acidulées ou cendres et terre selon la pièce ».

« Ce qui est intéressant, dans le travail d’Aline Chertier au théâtre, c’est qu’elle a appris seule. Sorte d’autodidacte du décor de théâtre, Aline a maîtrisé son art peu à peu, tirant chaque fois les enseignements de tel ou tel montage, apprenant toutes les astuces, inventant.»

Alain Meilland - animateur – comédien – chanteur – metteur en scène 

Mais, ce qui se passe sur scène est souvent de l’ordre du bateau des «Copains d’Abord» de Georges Brassens. Alain Meilland aime les équipages où tout le monde est ensemble sur le pont, et très vite il demandera à sa compagne de jouer la comédie et de chanter. Dans «2000 ans de chansons» ou «Les Travailleurs de la Nuit» elle partage la scène et le micro avec les membres de la joyeuse compagnie, avant d’assumer le pilotage – à savoir l’écriture – et le rôle titre d’ «Allumette», l’une des créations les plus jouées et les plus abouties de l’équipe berruyère.

La réussite d’un secteur chanson dans une Maison de la Culture était-elle prévisible ? En tout état de cause elle était annoncée. Si nous lisons la première interview accordée, dans La Nouvelle République du 16 novembre 1971 par l’animateur chanson dans l’article «Alain Meilland veut donner une nouvelle impulsion aux variétés» on y découvre que le projet qu’il propose est très clairement défini.
Maurice Pollein, le journaliste auteur de cet article  le confirme par ces mots : «Il s’est passé quelque chose de très important à la Maison de la Culture, encore qu’il soit assez difficile, pour l’instant en tout cas, d’en mesurer tout l’intérêt. Mais les choses vont vite. Avec l’heureuse complicité de Max Croce, les activités de cabaret-spectacle sont désormais bien en place et leurs bases sont solides.»



Dans cet article, Alain Meilland déclare également que son projet repose – au service de la Chanson – sur les trois piliers constitutifs des Maisons de la Culture : La diffusion, l’animation et la création.

Décors et Costumes au double cœur de l’ouvrage

Consacrée essentiellement à la création, la partie sans doute la plus originale car inédite de cette publication, est le chapitre central qui démontre que si Théâtre peut rimer avec Passion, et Chanson avec Engagement, l’Image est toujours Emotion. Le sens du rêve, de l’illusion et «le plaisir des mains» sont toujours présents dans les maquettes des costumes et des décors imprimés ici, en vis-à-vis des photos de la trentaine de créations de la Maison de la Culture et puis du Centre Régional de la Chanson.

Mais, puisqu’il est essentiellement consacré à l’image, ce recueil nous montre que d’autres graphistes dessinateurs ou peintres ont apporté eux-aussi leur patte à ce travail d’illustrations.  Volontairement parfois comme Georges Patitucci, Bernard Capo, Ernest Pignon-Ernest et les caricaturistes Cabu et François Solo, involontairement aussi lorsque leurs dessins furent empruntés pour la bonne cause d’une affiche, d’un décor ou d’une couverture de disque. Ce fut le cas de Jean Cocteau, Picasso, Steinlen, Toulouse-Lautrec et quelques. L’image, c’est enfin la photo et il convient de dire ici que dans ce domaine la collaboration entre «l’équipe chanson de Bourges» et de grands photographes fut, elle aussi fructueuse. Citons pour mémoire Etienne Bertrand Weil,Gilles Hermann, Guy Jaumotte, et surtout la splendide exposition «Têtes d’Affiche» due au talent de Patrick Ulmann. Il convient aussi de rendre un hommage à Henri Barbier, comédien de la Comédie de Bourges qui ne fit pas, en 1968 le voyage pour Nice et devint le premier compagnon de route d’Alain Meilland en enrichissant nombre des montages présentés de diaporamas.


Un bilan qui chante  

De 1971 à 1986, quinze ans de créations chanson à Bourges. Quinze années encore très présentes dans les mémoires des premiers spectateurs qui suivirent avec fidélité ce travail. Quinze années et une seizième où tout se termina car – les acteurs culturels le savent bien – lorsque les subventions publiques sont réduites au point de remettre en cause certaines missions des équipements culturels, c’est généralement la mission de création qui, la première, fait les frais de la casse.

De cette aventure artistique je garde en mémoire certains souvenirs douloureux. En 1974 les comptes étaient dans le rouge et la politique des secteurs d’animation et de création fut mise à mal. La Maison de la Culture dut se restructurer après 24 licenciements dont celui de Daniel Meïer l’animateur du secteur musical. Le G.M.E.B fut contraint de s’autonomiser. Menacé également, le responsable du secteur chanson ne résista à cette crise que grâce au soutien de plus de deux mille signataires d’une pétition de soutien.

Heureusement, je garde aussi en pensée le souvenir de l’arrivée, en 1975, de Jean-Christophe Dechico le nouveau Directeur qui prit les commandes et rétablit toute sa confiance et de nouveaux moyens à l’Atelier chanson. Il donna ensuite, fin 1976, carte blanche au trio Daniel Colling, Alain Meilland et Maurice Frot, pour imaginer ce qui, l’année suivante allait devenir le 1er Printemps de Bourges.

L’année 1987 marque donc le départ de Bourges des époux Meilland qui, sur d’autres «chemins de traverse» poursuivront cette tâche artistique jamais achevée. Dix années plus tard, avec leur fille Delphine née entre temps,  ils reviendront dans le Berry. Aline présentera plusieurs expositions de ses nouvelles œuvres dans différents lieux de la région, et se lancera un nouveau défi : celui d’occuper un poste d’art-thérapeute à l’Hôpital Georges Sand où se déroule, à Bourges, une expérience – elle aussi – tout à fait originale de travail plastique auprès des patients confiée à des artistes intervenants. Alain occupera pendant onze ans le poste de Directeur de la Culture, du Tourisme et du Patrimoine de la Ville de Bourges. Son rôle consistera à coordonner ces différents secteurs d’activités ainsi que les équipements qui les composent. Mais, ayant toujours gardé pour cette cité une attention toute particulière, il sera, lui-même «force de proposition», d’initiative, ou de pilotage de projets qui ont marqué le passage au XXIème siècle : Les Nuits Lumière – La réhabilitation et la programmation du Château d’Eau en château d’Art et la Biennale d’Art Contemporain.  Puis, sonnera l’heure de la retraite. Alain et Aline Meilland inscriront dorénavant leurs actions dans le bénévolat, mais toujours en lien avec la culture et l’histoire culturelle de la Cité. C’est ainsi que, pour notre plus grand bonheur, ils participent régulièrement aux activités et à la vie associative de Double Cœur et c’est par leur travail, une fois encore porté par la passion qu’ils manifestent pour les arts qu’ils continuent inlassablement  à soutenir que nous devons cette belle exposition et cette publication.